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L'éjaculation prématurée

Par Alexander Nicholls et Bernard Grosjean,
sexologues et hypnothérapeutes.


L'éjaculation prématurée (ou éjaculation précoce) est la première cause de consultation chez l'homme pour trouble sexuel. Si en raison des aspects subjectifs l'approche statistique est complexe, il ressort de la majorité des études que 15% à 30% des hommes seraient concernés par l'éjaculation précoce ou par l'éjaculation rapide.

Mais qu'est-ce que l'éjaculation précoce ou éjaculation prématurée ?

Il existe de nombreuses définitions de l'éjaculation précoce ou prématurée. Certaines se basent sur la durée, d'autres sur le nombre de poussées pelviennes, d'autres encore sur la satisfaction des partenaires.

Selon une étude (Waldinger, 2005), la durée médiane de la durée de la pénétration est de 5'27'', autrement dit, 50% des hommes éjaculent avant cette durée.

Sur base des recherches, la durée de l'éjaculation précoce a finalement été fixée à moins d'une minute, ceci afin de retenir un critère objectif.

Ainsi, le DSM-5 (2013) définit l'éjaculation prématurée comme survenant dans la minute de la pénétration vaginale, ceci : 
  1. avant que l'individu ne le souhaite, 
  2. depuis au moins 6 mois et dans 75% à 100% des cas, 
  3. créant une insatisfaction chez l'homme ou une tension dans le couple, 
  4. sans que cette condition soit dûe à un trouble mental non sexuel, aux conséquences d'un problème de couple, aux effets d'une substance, d'un médicament ou d'une condition médicale. 
Entre 30"-60", le trouble est considéré "peu sévère" ; entre 15"-30" il est dit "modéré" ; à moins de 15" ou avant pénétration (éjaculation ante-portas), on parle d'éjaculation précoce "sévère". 

Éjaculation précoce ou éjaculation rapide ?

La plupart des sexologues et thérapeutes s'accordent à dire que l'aspect subjectif de la satisfaction sexuelle est primordial lorsqu'il s'agit de la prise en charge d'un patient. En effet, un homme éjaculant après 2 minutes peut en souffrir personnellement et dans son couple. C'est pourquoi il peut être utile de distinguer l'éjaculation rapide de l'éjaculation précoce ou prématurée ; c'est ce que propose le Dr Jean-Yves Desjardins (PhD), sexologue canadien.
 
L'éjaculation rapide peut être définie comme une éjaculation intervenant après une minute de pénétration, avec incapacité à retarder celle-ci, et dont la durée est jugée insuffisante par l'homme ou par le couple.

À elles deux, l'éjaculation précoce et l'éjaculation rapide pourraient concerner jusqu'à 30% d'hommes. 

Quels sont les types d'éjaculation prématurée ?

L'éjaculation précoce peut être primaire ou secondaire. 
  • Primaire : elle est présente depuis le début de la vie sexuelle; 
  • Secondaire : elle apparaît après une phase où la sexualité est satisfaisante.  
L'éjaculation précoce peut également être situationnelle ou généralisée.
  • Situationnelle : varie selon les circonstances, le type de partenaire... Dans le cas le plus fréquent, c'est lorsque la relation lui importe le plus que l'homme a le moins de contrôle;
  • Généralisée : se produit en toutes circonstances, sans distinction de partenaire.

Quelles sont les causes de l'éjaculation prématurée ?

La cause principale de l’éjaculation précoce est une perception inadéquate des sensations péniennes et de mauvaises habitudes lors du coït. La respiration est inadéquate (respiration claviculaire, saccadée), les mouvements sont trop rapides et l'attention est portée sur l'extérieur (plaisir de la partenaire, visuel...) au détriment des sensations personnelles. Résultat: l'excitation est trop intense. 
 
Un deuxième facteur est l'anxiété. En effet, l'homme atteint d'éjaculation rapide ou précoce se met la pression :  
  • il anticipe l'échec, ce qui génère une anxiété de performance;
  • il souhaite satisfaire sa partenaire et peut craindre sa réaction.
C'est ainsi qu'un trouble d'éjaculation précoce secondaire peut se mettre en place par un phénomène de "cercle vicieux". 
 
Des causes situationnelles peuvent également être citées, comme un changement de partenaire ou une activité sexuelle peu fréquente. 
 
Enfin, il peut aussi exister des causes plus profondes liées à un confit psychologique, une éducation trop rigide (culpabilité envers la masturbation, tabous sexuels...), un traumatisme sexuel, une tendance à l'autosabotage ou une volonté inconsciente de priver sa partenaire de plaisir sexuel. 
 
Selon Kaplan (1994), les causes sont essentiellements psychologiques (99% des cas) mais il faut garder à l'esprit que dans quelques très rares cas d'éjaculation prématurée secondaire - à savoir survenant chez un homme ayant toujours eu un contrôle éjaculatoire satisfaisant - il peut s'agir d'un signe avant-coureur d'une maladie (diabète, sclérose en plaques...).

Quelles sont les conséquences de l'éjaculation précoce ou rapide ?

Les conséquences de l'éjaculation précoce peuvent être d'ordre personnel : baisse de l'estime de soi, anxiété de performance, insatisfaction sexuelle, baisse de libido, voire même apparition d'autres troubles sexuels comme la dysfonction érectile. Par ailleurs, un trouble d'éjaculation précoce secondaire est parfois lui-même la conséquence d'une dysfonction érectile : de crainte de perdre son érection, l'homme éjacule trop rapidement.

Il peut également y avoir des répercussions sur le couple : la ou le partenaire peut se sentir frustré(e), utilisé(e) par son conjoint, perdre son désir pour lui, ou au contraire culpabiliser et penser être la cause du problème. Une mise à distance ou des tensions peuvent apparaître dans le couple. 

Comment remédier à l'éjaculation précoce?

Si certains utilisent avec plus ou moins de succès quelques astuces (utilisation d'un préservatif, se masturber avant le rapport, pensées non sexuelles pendant l'acte...), celles-ci sont rarement suffisantes et satisfaisantes.

L'éjaculation prématurée ou rapide est un phénomène multifactoriel (physiologie, apprentissage, comportement, émotions conscientes et inconscientes...); il importe d'en comprendre les origines pour déterminer ce qu'il faut traiter et comment.

Quelques pistes: 

Travail sur les sensations. En effet, beaucoup d'hommes, en particulier au début de leur vie sexuelle, se focalisent uniquement sur les sensations du pénis. Les sexologues recommandent au contraire d'érotiser un maximum de parties du corps, génitales et non génitales.
 
Travail sur les sources d'excitation. On peut distinguer trois types de sources d'excitation (Mosher, 1980) :  
  • Type I : auto-centré. L'excitation monte tandis que l'on se concentre sur son propre corps, sur les sensations physiques, sur le plaisir sensuel. Le comportement lié à ce type consiste à fermer les yeux, se relaxer, être passif. 
  • Type II : centré sur le/la partenaire. L'excitation monte en se centrant sur le/la partenaire, en voyant son corps, ses réponses et l'interaction romantique. À l'inverse du premier type, la personne garde les yeux ouverts, regarde le/la partenaire, lui parle, est actif et énergique. 
  • Type III : provoqué par un scénario. Celui-ci peut être fantasmé ou mis en scène (lingerie, jeux de rôle, nouveau lieu...). 
Les trois types sont courants et aucun ne doit être considéré comme supérieur à l'autre. Si certaines personnes ont une nette préférence pour un type, les trois peuvent être utilisés par la même personne selon le contexte, le/la partenaire, et peut évoluer avec le temps. Cependant, certaines dysfonctions sexuelles sont liées à un type en particulier et le traitement consiste en l'apprentissage d'une autre source d'excitation.

Ainci, l'éjaculateur précoce privilégie souvent le type II: l'éjaculation vient alors "par surprise", tant il est focalisé sur les stimuli externes et ne prête pas attention à ses propres sensations. En apprenant à se concentrer sur ses propres ressentis (type I), l'homme connaîtra davantage ses réactions sexuelles, évaluera mieux son niveau d'excitation et identifiera plus facilement le "point de non retour" (le moment à partir duquel l'éjaculation est inévitable).

Travail sur les comportements sexuels. Accorder plus d'importance à des activités sexuelles autres que la pénétration, celle-ci ne devant pas forcément être mise au centre de la relation sexuelle. Lorsqu'il y a pénétration, choisir une position privilégiant la relaxation musculaire chez l'homme, par exemple allongé sur le dos (position d'Andromaque) ou sur le côté (position de la cuillère). Enfin, respirer profondément, ralentir le mouvement, voire l'arrêter quelques secondes directement après l'intromission afin de diminuer le niveau d'excitation (De Carufel, 2009).

Travail sur les émotions conscientes et inconscientes. Enfin, il arrive parfois que des émotions sous-jacentes empêchent la résolution du problème par une approche de type comportemental. Il est dès lors nécessaire d'aller au delà et s'interroger sur l'origine du trouble: peurs et angoisses liées à la sexualité, tabous et interdits parentaux, croyances sur la sexualité, traumatisme sexuel ou mauvaises expériences, identité sexuée et rapport aux femmes, personnalité anxieuse, conjugopathie et difficultés relationnelles, etc.

Consulter un sexologue, un psychologue ou un psychanalyste aidera à mieux se connaître et par conséquent à se sentir mieux avec soi-même, son corps, ses fantasmes et sa sexualité en général.

Sexologues, psychologues et psychanalystes du CATP prenant en charge les hommes et les couples souffrant de troubles de l'éjaculation :

Pour une approche comportementale et/ou par hypnose par un(e) sexologue

French and English.

Pour une approche psycho-sexologique par un(e) psychologue

Psychoanalytical approach for sexual difficulties

Therapy in English, German, Russian, Polish and Hebrew.

Dossier Sexologie
L'éjaculation prématurée
Auteurs
Bibliographie
  • BIERLAIRE, Florence (2010), L'éjaculation précoce, Fiche thématique. En ligne: <www.depage.be>  
  • DE CARUFEL, François (2009), L'Éjaculation prématurée: compréhension et traitement par la thérapie sexofonctionnelle, Presses universitaires de Louvain. 
  • GROSJEAN, Bernard et KOBALADZE, Laurence (2014), Éjaculation prématurée, le rôle de la partenaire, TFE pour l'obtention du Certificat Universitaire en Sexologie Clinique, ULB. 
  • KAPLAN, Helen Singer (1994), L’éjaculation précoce. Comment y remédier, Guy St-Jean, Laval.
  • MOSHER, Donald L. (1980), "Three Dimensions of Depth of Involvement in Human Sexual Response", The Journal of Sex Research, Vol. 16 (1), pp. 1-42.  
  • PSALTI, Iv (2013), "Comment définir une éjaculation prématurée?", Revue du Secteur des Sciences de la Santé de l'UCL, Vol. 132, pp.519-523. 
  • ZELER, Arnaud (2012-2019), Blog d'un sexologue. En ligne: <http://www.blogdunsexologue.com>